Textes

I Le Grand Bateau

   En ces moments de moisson, on méconnaît la moitié des enfants. Ca court, ça crie, ça fait brailler les chiens et les anciens qui les huchent en brandissant leur canne. Rien n'y fait, aujourd'hui, ils ont tous les droits.

    Leurs parents sont venus donner la main à la ferme. Gendarmes, facteurs, cheminots exilés au hasard des mutations, les pères n'ont perdu ni les gestes, ni la force. Leurs mains, aux premières ampoules, reprennent vite la forme du manche, la forme du verre qui fait couler la poussière qu'on avale, celle qui sert de mesure au grain et qui tient si mal le crayon: la forme d'une poignée de mains.

   Les petits, eux, ont l'air plus chétif que leurs cousins d'ici. Faut dire que leur mère, fille de la ville, n'est pas tant costaude.

  • "Alors on est revenu au pays?"

   Comme si ça ne se voyait pas! Mal à l'aise, fatigués de biser les tantines et les tontons, étourdis par trop de questions sans réponse, les enfants s'enfuient.

   Dès le premier jour, ils partent vers la rivière par le petit routin, le plus court mais aussi le plus raide, qu'ils dévalent au risque de se tordre les chevilles. La rivière, c'est le refuge. On ne viendra pas les chercher là : au Grand Bateau. Ils échappent ainsi aux tâches réservées aux plus jeunes, pas assez solides pour les lourdes charges mais qui peuvent bien approcher les outils ou passer la pielle dans les allées du jardin. 

   Ils débouchent enfin sur la petite plage que les charrettes ont faite à remplir les tonnes d'eau. Au bout du silence des présentations, quand l'eau les a absorbés tant qu'assez, les enfants rendent à la rivière les petits graviers du bord. Les morceaux de tuile, mis là pour pomper la boue du passage, retournent à l'argile en ricochant à la surface. Alors, en un menuet pudique, les pantalons en haut de chausse, les robes rehaussées aux genoux, à leur tour ils la pénètrent et les frissons qu'ils ont à la fraîcheur de l'eau se répercutent sur la rive qu'ils éclaboussent d'eau et de rires.

   Dès lors, la rivière est leur gardienne et leur complice. Ici, ils sont bien à patauger, à remettre des pierres sur le gué, à attraper les anguilles, à modeler l'argile de la rive, ou simplement, assis le dos au soleil, témoins du courant, en contemplation. Il suffit d'un rire aux enfants pour être de vieux amis. C'est ainsi que Lise et Béatrice, Camille  Jean se connurent. Lise, que l'on surnommait "La Taupée" vu qu'on n'aurait su dire de ses yeux ou de ses cheveux, raides comme des baguettes de tambour, lesquels étaient les plus noirs, habitait la ferme de La Gaillarderie. Elle surpassait sa cousine du Pas-de -Calais en robustesse et en vivacité. Béatrice, son contraste, avait poussé tout en hauteur, comme on grandit en ville, et ses cheveux même semblaient ne jamais avoir vu la lumière. Une plante de serre et une plante sauvage.

   De Camille et Jean, on aurait pu croire qu'ils étaient frères. Camille habitait La Cort, il semblait avoir refusé de grandir et, malgré ses treize ans, n'était pas plus haut que son cousin Jean, de deux ans son cadet. Jean, natif de La Rochelle, avait pris du côté de son père et avait l'allure d'un drôle de paysan.

   Agitée par les remous qu'ils faisaient en s'éclaboussant, la barque au père Arsène participait à leurs ébats. Elle révélait et semblait regretter son attache à la rive. Chaque vague tendait la chaîne, en vain, et faisait gémir le frêne qui la retenait. Comme à regret, la barque reprenait sa place en grinçant de douleur. Aux enfants qui ne savaient pas encore nager, elle offrait l'évasion à condition qu'ils la libèrent. Camille et Jean, Lise et Béatrice, cédèrent à l'invitation : à quatre on n'a pas moins peur mais on partage les risques. Jean, bien que plus jeune, dirigea la manœuvre de l'air compétent que prennent les pères à commander, à la "Errol Flynn". Il monterait en dernier pour dérouler la chaîne dépourvue de cadenas. Camille aiderait les filles à embarquer. Un pied sur la rive, l'autre sur la barque qu'il chahutait pour les faire crier, Jean manqua se flanquer à l'eau. Enfin, les petites assises sur le banc du milieu, Camille couché sur le plat bord de l'avant tel la figure de proue d'un navire pirate, Jean, le pantalon retroussé aux genoux, poussa l'embarcation en prenant appui sur l'arbre et sauta pour la rattraper.    D'un air conquérant, il se saisit de la perche couchée au fond du bateau. Debout sur l'arrière, il la piqua dans la vase et poussa de toutes ses forces. Une seconde poussée et la barque fut dans le courant. Alors il glissa la perche sous le banc et laissa filer. Il ne restait plus qu'à écouter, les yeux mi-clos. A cet âge, l'imagination permet tout, on se fait accroire et le conditionnel cède vite le pas à l'indicatif.

   Une détonation trop flagrante les fit sursauter. Soudain, ils se sentirent vulnérables. Ils prirent peur, une peur vraie, renforcée de culpabilité- rien à voir avec la peur feinte que provoquaient tout à l'heure les indiens de leur rêve éveillé. Ils scrutèrent la rive...

   Du chemin qui surplombe la rivière, une silhouette se faufilait au milieu des arbres, se laissait glisser le long de la rive à travers les ronces, pour atteindre la surface de l'eau tout à l'heure criblée de plombs. Alexis venait récupérer  la carpe qui dormait là, quelques instants plus tôt, entre deux eaux, sous un rond de lumière que lui faisait la ramure, cantatrice muette à la fin tragique. Le braconnier n'avait pas son pareil pour repérer les endroits, les creux de la rive, sous les branches qui affleuraient l'eau brune, et surtout les moments où la carpe y serait. A croire qu'il pensait comme elle. Il venait ainsi l'exécuter, sans sommation, pour le lendemain. La farce était déjà prête. Il brandit son trophée en direction des enfants dont la barque continuait de glisser silencieusement. Ces quatre paires d'yeux, fixés sur lui, ne le gênaient pas plus. Eux aussi étaient pris en faute. Il les toisa, un temps, debout sur la rive, la carpe à la main. De plus près, on aurait décelé une lueur maligne dans ses petits yeux noirs, une lueur de complicité. Puis il disparut à leurs regards coupables et s'enfonça dans le bois du coteau.

Tous quatre debout dans la barque, à contre-jour, emportés par le courant, ils semblaient les victimes innocentes d'un sacrifice rituel au fleuve auquel on venait de ravir une vie.

La barque vint brutalement s'échouer sur la chaussée qui barrait le cours d'eau qui barrait le cours d'eau pour alimenter le moulin. Soudainement rejetés, ils  s'éboulèrent comme des quilles au fond de l'embarcation. La stupeur de la rencontre avec le braconnier fut balayée par le choc. Ce furent aussitôt cris, pleurs et appels au secours.

   Très vite, Jean se releva et prit l'air grave du capitaine avant le naufrage. Il n'était pas très rassuré mais ne voulait pas céder à la panique devant les filles. Il avait plus facilement gardé son sang froid car sa chute avait été amortie par les corps entassés de son équipage, lequel comptait deux coudes écorchés, deux ecchymoses mal placées et trois échines endolories.

   La barque était posée sur la chaussée que l'eau recouvrait de vingt bons centimètres, bloquée en son centre par un pavé exondé et maintenue parallèle à la rive par la force du courant. Elle avait la stabilité d'une assiette chinoise tournoyant à l'extrémité d'un bambou.

   En aval, quatre mètres de contrebas; en amont, le courant. On ne pouvait tenter de remettre la barque à flots sans risquer la chute. Il ne restait plus qu'une solution, désespérante pour un capitaine : abandonner le navire.

  • "Tout le monde descend !"

   Jean descendit le premier. Il tenait la barque par le bord afin de permettre aux trois passagers dépités de l'imiter. Lorsque Camille, le dernier, fut descendu, Jean se sentit emporté avec l'esquif vers la catastrophe. Il lâcha tout. Il n'avait pas prévu l'inévitable conséquence du délestage sur le tirant d'eau. Médusés, se mordant les lèvres, virent la barque traverser la chaussée et basculer dans le vide. Elle alla se planter au pied de la retenue. Epave verticale, cette carcasse goudronnée était une insulte aux lois élémentaires de la navigation.

Les enfants avançaient  lentement, les pierres de la chaussée étaient agressives à leurs pieds. En équilibre sur une jambe pour soulager l'autre, tels quatre héronneaux en quête de leur pitance, la bouche en cul de poule, soufflant et secouant la main pour conjurer la douleur, ils regagnèrent la rive.

  •    "Terre !" cria Jean.

  Dans un ensemble parfait, croisant la cheville et  le genou, ils éliminèrent les petits graviers encore collés à la plante de leurs pieds. Ils remontèrent la rivière par le grand chemin, toujours sur la pointe des pieds, en choisissant avec minutie leurs points d'appui.

   Ils retrouvèrent leurs chaussettes et leurs chaussures là où ils les avaient laissées et se mirent à méditer sur les conséquences de leur naufrage. Le père Arsène finirait par trouver sa barque au pied de la chute. Mais comment se l'expliquera-t-il ? Ils se disaient, comme font toujours les enfants, qu'ils n'étaient que des enfants, qu'ils n'étaient pas vraiment responsables, qu'au pire ils se feraient disputer, priver de quelque chose - pas trop grave.

 Ils se disaient aussi, sans trop savoir pourquoi, qu'Alexis, ne les dénoncerait pas  : il serait muet comme une carpe.

 

II Les Boeufs

   Léon, sa charrette et ses bœufs mirent un terme à ces réflexions. Longeant la rivière depuis le bois de Reynard, sur l'autre rive, jusqu'au Grand Bateau, ils passaient le gué.

  •    "Avanc'rez-vous quand même!"

   Côte à côte, Luneau, une lune pâle sur le front, et Bas-Blancs, des guêtres de Monsieur, les bœufs poussaient le joug- ou bien tiraient-ils la charrette? Allez savoir ce qu'ils avaient dans la tête! Comme les poids résignés d'une pendule, partageant la molle indifférence du balancier, les bœufs maîtrisaient le temps. Midi sonnant la complicité du soleil et du clocher, une heure officielle, ils rentraient à la ferme. Les enfants suivirent, tenant d'une main les perches qui dépassaient du chargement, esclaves enchaînés au char triomphant. Il sera grand-midi lorsqu'ils atteindront la Métairie. Le temps pour Léon de déjeuner puis de faire la mariennée sous la charrette et il faudra entamer une autre demi-journée de travail, une rabinée pour décharger et ranger le bois.

   Pour l'heure, il fallait affronter la côte qui mène au village. Elle n'est pas tant longue, cette côte, mais en fin, juste au dernier virage, elle monte raide comme pour se mettre debout. Luneau et Bas-Blancs ne l'avaient jamais faite. Il n'en connaissait que la descente, quand, à l'aller, il avait fallu retenir la charrette vide, ce qui n'était déjà pas une petite peine. A cette heure, elle était pleine de cosses, de perches et de rondins. Le temps " à l'écoute" alourdissait le fardeau : un temps d'orage. Les mouches piquaient et Léon braillait. Il ne voulait pas commencer par mouiller son bois.

   Oh ! Il aurait bien le temps de sécher avant de brûler, mais quand Léon avait une idée en tête il ne l'avait pas ailleurs. Têtu comme une bourrique : les autres rentraient la paille, lui, le bois.

   Le museau des bœufs affleurait la poussière du chemin mais leur allure ne changeait pas. Avec la froide détermination qui mène à la mort, ce vieux couple stérile accomplissait sa tâche. Les enfants, penchés vers l'avant pour contrarier la montée, semblaient maintenant pousser l'attelage qui entamait le dernier virage. Pressé qu'il était, Léon piquait le flanc des bœufs. Craignait-il le dernier bout de route ou commençait-il tout simplement à avoir déjà soif? Quelle qu'en fût la cause, il les énervait un peu tôt.

   Luneau et bas-blancs ne pouvaient rapprocher leurs têtes pour concentrer leurs efforts alors ils éloignaient leur cul du limon. Ils buffaient, ils bavaient et soufflaient. La côte se cabrait. Léon jurait.

   A force de jurons et de piques, de sueur et d'entêtement, le virage fut passé. Le plus dur restait à faire. Le diable emporte les bœufs s'ils n'en venaient pas à bout de cette côte! Après le virage, la route fait une bosse, comme si le diable couché dessous faisait le gros dos, juste là, à la première maison du bourg.

   Rabousinée, noire comme une taupe, la vieille, attirée par le remue-ménage, était sur le pas de sa porte. Elle était comme sa maison, un peu à l'écart du village. Elle causait peu et on lui rendait la pareille. Son fichu noir noué sous le menton cernait son visage marqué de rides méprisantes accentuées par l'épaisseur de sa peau tannée. Ses yeux noirs brillaient.

   Le toucheur de bœufs pestait d'être ainsi observé. Cette méchante côte ne l'avantageait guère. Le sourire en coin de la bonne femme l'énervait  et il frappait de l'aiguillon la tête des bœufs. Il ne faisait pas comme il faut et elle s'amusait de la scène, étouffant son rire de ses mains croisées sur la ceinture de son tablier.

  Les enfants dépassaient les bœufs en marchant à reculons parce qu'on a l'impression de descendre et qu'ainsi la côte paraît moins dure.

  A Léon, la colère lui montait. Il fixait la vieille et mettait à cogner ses bœufs la rage qu'il avait contre elle. Habitués à marcher à la voix, les bœufs étaient décontenancés par des gestes et des ordres contradictoires.  Luneau et Bas-blancs butaient sur les pierres de la route.

   La vieille femme n'en pouvait plus d'ironiser. Ses lèvres sèches laissèrent échapper un "ouais !" moqueur accompagné d'un haussement d'épaules que Léon ne lui pardonnerait pas de si tôt.  Et là, net, la machine s'arrêta : La charrette, les bœufs et même Léon immobilisés à la hauteur de la vieille qui jubilait. Pas un écueil, pas un trou, rien qui pût empêcher les bœufs d'avancer, hormis la côte ou la vieille.

  • " Là ! Voilà ! " Léon ne savait que faire. Il cracha :
  • " Bernoncio ! On a ensorcelé mes bœufs "

  La vieille tourna les sabots et rentra chez elle sous l'accusation. De fait, il commençait à mouillasser.  Luneau et Bas-blancs, sans doute rafraîchis et reposés par cette halte, firent de nouveau chanter les roues.

  • " Bernoncio ! " pour la deuxième fois.

   Lise et Béatrice, Camille et Jean les attendaient, heureux de se faire tremper par l'averse complice. Léon bougonnait :

  • " Bernoncio ! " pour la troisième fois, dans sa moustache dégoulinante.
  • " On a ensorcelé mes bœufs ! " 

   C'est ainsi qu'il le raconterait. Il y aurait plus de méfiance encore dans les yeux des autres au regard de la vieille. Quant aux enfants, ils hocheront la tête pour confirmer, comme tous les enfants, ce que disent les grands qui parlent à leur place. Léon, le premier, qui du Grand Bateau au village n'avait eu ni un mot ni un regard pour eux, s'exclamera au café, dimanche après la messe :

  • " Demandez donc aux enfants voir si c'est pas vrai ! "

  Même Luneau et Bas-blancs soutiendront ses dires en s'arrêtant pile devant chez la vieille à chaque fois qu'ils remonteront de la rivière : L'habitude, la côte ou bien...

Allez donc savoir ce qu'ils avaient dans la tête !

 

III Céleste

  Les enfants se laissaient tremper jusqu'aux os, comme pour se laver de tout soupçon. Ravis de cette bénédiction qui leur tombait du ciel. Les garçons entrèrent à La Cort, une belle ferme sise à la droite de l'église, et les filles rejoignirent La Métairie qui faisait face au clocher. Trempés guenés, le nez bas, Camille et Jean, semblant se repentir d'avance, une manière d'esquiver les reproches, pénétrèrent dans l'unique pièce de vie de la ferme. De chaque côté de la porte qui mène à l'écurie, un lit de coin à rouleaux : celui de Grand-père et celui de Grand-mère. Sur le mur du fond, un vaisselier et un  bahut à deux portes encadrent la pendule comtoise. La cheminée sur le mur de gauche, apporte chaleur et lumière. Le centre de la pièce est occupé par la longue table en chêne flanquée de deux bancs en merisier. Tout le monde était attablé et la conversation allait bon train. Grand-père riait fort en bout de table, sa jambe de bois posée sur la traverse. Seule Céleste qui mangeait debout près de la cheminée remarqua l'entrée des deux garnements.

   Céleste n'avait ni le visage soucieux ni l'air méchant. Elle ne portait aucune des marques qu'ont parfois les anciens d'avoir crispé leurs désirs, retenu leurs colères ou eu tant de misères, qu'à l'âge où le corps se fatigue de tenir la pose, les rides du visage raconte leur vie aux petits enfants. Malgré ses soixante ans, elle avait la peau d'une jeunesse, et on disait que c'était de n'avoir usé le savon qu'à laver le linge. Elle était gagée pour le temps des moissons et aidait à la cuisine. Elle louait ainsi ses journées pour les battages ou les vendanges, pour servir aux noces ou donner la main aux grands nettoyages de printemps. En temps ordinaire, elle menait son unique vache paître le long des chemins communaux ou roulait sa brouette vers le lavoir. Sa vie était réglée comme du papier à musique et sa quiétude passait pour de l'innocence. Elle n'avait jamais eu de galant et les vieux gars que l'on plaisantait au sujet de ce cœur à prendre rejetaient la proposition d'une moue peu flatteuse. C'est qu'elle n'avait eu ni jeunesse ni enfance : elle serait née vieille. Aux fêtes, elle restait assise à regarder les autres faire, sans véritable plaisir, sans grande jalousie, attendant la fin pour rentrer chez elle malgré tout satisfaite.

  Elle avait toujours servi sa mère que l'on disait tyrannique avec la même tranquillité et l'enterra sans peine ni soulagement, fleurissant, depuis, sa tombe sans indifférence ni compassion.

   Elle posa son assiette sur le buffet, décrocha le torchon qui séchait sur le fil tendu entre les corbeaux de la cheminée et vint frictionner la tête des deux garnements. Céleste frottait sans violence et ses caresses dégageaient des effluves odorants qui leur ouvraient l'appétit. Ils s'enivraient des odeurs chaudes de bois, de fumée, de légumes imprégnées dans le lin. Elle vint les placer en bout de banc, la place des petits, parce qu'on peut approcher le banc de la table. Elle alla puiser ensuite dans le chaudron pendu à la crémaillère deux grandes louches de soupe, l'obligatoire bouillon de légumes épaissi de pain dur trempé qu'on évitait de gaspiller et les versa dans deux écuelles de faïence blanche. Les deux garçons, ébouriffés, se pressèrent de rattraper à grande vitesse, rivalisant de grimaces pour éviter le bruit qu'on fait immanquablement lorsqu'on aspire la cuillérée.

Et Céleste reprit, sans mot dire, sa place au coin de l'âtre telle une vestale, pétrifiée, immuable.

 

VI La Bourriche

   Au village, pas d'incognito. Un pet de travers et le rideau se soulève pudiquement à la fenêtre de la voisine. N'ouvrez pas vos volets un matin, à l'heure habituelle, on s'inquiète, on vient frapper à votre porte. Vous recevez de la visite, on s'informe. Vous faites des travaux, on s'intéresse.

   Joséphine était ainsi attentive à son entourage. Rien de ce qui concernait le village et ses habitants ne lui était inconnu. Elle était aussi particulièrement économe. Aujourd'hui, on dirait qu'elle était très curieuse et très avare.

   Ulysse, lui, donnait surtout l'occasion de rire de bons coups. Sa maison faisait face à celle de Joséphine - c'est dire si le moindre de ses faits et gestes ne passait pas inaperçu. Gendarme à la retraite, il était revenu au village après le décès de Madeleine, son épouse, foudroyée par la maladie, trop jeune, trop tôt. Il ne prenait depuis plus rien au sérieux, à quoi bon... Il déguisait son malheur. Son jardin, les poules, les lapins, la cueillette des champignons ou des fruits sauvages, réglaient sa vie. Sa pension le mettait à l'abri de toute nécessité. Aux beaux jours, il sortait une chaise qu'il installait sous le marronnier, devant sa maison, et tirait de son accordéon toute la tristesse maquillée de sa constante bonne humeur. " A quoi bon prendre la vie au sérieux puisqu'on sait qu'on n'en sortira jamais vivant ".

   Ce n'était pas l'habitude de le voir de si bonne heure remonter la Grand' rue, mis comme un jour de foire, le panier sur le bras. Joséphine qui rentrait du bois menu pour rallumer son feu en demeura interdite. Elle le regarda s'éloigner pour voir la direction qu'il prenait. Au calvaire, la route est écartelée. Georges s'arrêta un instant face à la croix comme s'il demandait son chemin puis il prit à gauche la route des Fiefs d'en bas, échappant ainsi au regard de sa voisine. Le temps fut long jusqu'au soir à spéculer sur la destination de Georges et sur la sorte d'affaires pouvait rompre ainsi ses habitudes. Occupée à tenir un oeil sur l'entrée du bourg, elle bousculait elle-même son emploi du temps. Les paupières plissées, les poings sur les hanches, on aurait dit qu'elle guettait son homme qui tardait à rentrer pour l'agonir d'injures ou Pénélope scrutant l'horizon dans l'espoir de son retour. Le soir commençait à tomber et les chandelles animaient les fenêtres. Toujours pas d'Ulysse en vue. N'y tenant plus, elle ôta son tablier et prit son châle pour arpenter le bourg en direction du calvaire. Arrivée à la croix de bois, elle se posta en sentinelle, les bras croisés sur sa poitrine pour se protéger de la fraîcheur tombante.

  •    " On se promène à la fraîche, Joséphine? "

   Elle sursauta. Ulysse était derrière elle, il rentrait au bourg par la route de l'Injustice. Le panier couvert d'un torchon semblait peser au bras de l'espiègle. Elle ne pouvait en deviner le contenu. La lumière était basse et ses efforts pour percer le crépuscule restèrent vains.

  • " Allez, il est l'heure de la soupe ! "

   Et il la planta là, allongeant le pas pour couper court à toute conversation. Elle, qui d'habitude renseignait le village, était prise en défaut de savoir.

    Ulysse laissa passer une semaine et reprit son manège. L'air mystérieux, endimanché, le panier au bras, dès potron minet, il passa devant elle qui sortait vider le seau de la nuit. C'en était trop!

  • " Où qu'tu vas de si tôt ?"
  • " Si on te le demande, Joséphine..." pour toute réponse.

   Elle restait sur sa faim, enrageant de n'être pas déjà habillée pour pouvoir le suivre. Elle rumina tout le jour, assise sur la pierre devant sa maison, à écosser des pois, égrenant son amertume. Elle ne quitta pas son poste, pas même à l'appel du boulanger qui cornait tant et plus au volant de son TUB Citroën. Mais aux premiers coups de l'angélus, elle secoua son tablier empli de cosses et se planta au beau milieu de la rue fermement décidée à obtenir le fin mot de l'affaire.

   Ulysse apparut enfin au bout de la rue, fit un signe au Christ sur sa croix comme pour le prendre à témoin tout en exprimant sa rancune. Sifflotant, il descendait la Grand rue d'un pas lent et tranquille. Joséphine avança à sa rencontre, il ne pourrait pas l'éviter. Le face à face eut lieu.

  • " Je te poserais bien une  question Ulysse... "
  • " Dis toujours, ça ne coûte rien. "
  • " Qu'as-tu dans ton panier ? "
  • " Ah, ça ! la question est gratuite mais la réponse vaut deux sous. "

   Sans hésiter, elle plongea la main dans la poche de son tablier et tria de l'index la monnaie comme on trie des graines au vent.

  • " Les voilà, fais voir ! "

   Ulysse empocha la monnaie et tel un magicien arracha le torchon, faisant apparaître une belle galette bien sèche, une grosse bouse de vache bien nourrie.

   Joséphine tourna les talons et rentra chez elle.

   Elle resta fâchée à mort avec Ulysse qui se fait un malin plaisir à raconter l'histoire dans toutes les caves de la commune.

V Tonio

   A la Cort, le repas se terminait. Grand-père ferma son couteau, signal pour les enfants qu'ils pouvaient quitter la table, pour les femmes de la débarrasser, pour les hommes le temps de faire le point sur les tâches du tantôt en buvant le café et la goutte, petit verre d'eau de vie versé dans la tasse. Ensuite, ils rejoindraient un coin ombragé pour la sieste, sous le frêne, sur la paille de la grange ou à même le sol sous la charrette. Il fallait laisser la digestion se faire et le soleil descendre un peu sur l'horizon avant d'entamer une autre rabinée. On avait tiré les volets pour interdire l'entrée à la chaleur encore orageuse et permettre à Grand-Père de retirer sa jambe de bois avant de s'allonger sur le lit de coin de la cuisine.

Les enfants s'ennuyaient.

Jamais mariennée ne fut si courte.

   Un concert d'aboiements provoqué par l'arrivée, à un moment peu propice, d'un convoi dans le bourg, réveilla la paroisse.

  Une roulotte rouge, sang de boeuf, tirée par un cheval blanc mélancolique, surmontée d'un vilain petit singe enchaîné qui faisait d'incessantes pirouettes arrière, descendait la rue principale accompagnée par les marmots qui dansaient autour en grimaçant, sous les regards indiscrets et méfiants des fenêtres à demi dévoilées. La  carriole s'arrêta devant l'église, non par provocation mais parce que la route finit là, au Bout du Monde. A l'entrée du bourg : le cimetière, à l'autre extrémité : l'église, entre les deux : l'école et la mairie. Tout pour naître, vivre et mourir. Les jalons d'une vie sans issue.

   Octave sortit de la cour aux poules. Octave, père de Camille, fils de Grand-Père, futur maître de La Cort qui fait face à La Métairie mais qui jouxte l'église. Il avisa l'homme qui conduisait l'attelage. Il était aussi brun et tanné qu'Octave était pâle et roux. Les vikings étaient arrivés chez nous  en remontant le Lay depuis le golfe des Pictons et certains avaient de toute évidence laissé la marque de leur passage.

   Le conducteur descendit de la roulotte et lia les rênes à la barrière du jardin de La Cort. D'un grand geste circulaire du bras droit tandis qu'il se pinçait la peau du cou de la main gauche, le fermier invita le Romanichel à prendre un verre à la fraîcheur de la cave. L'homme comprit l'invitation et s'avança d'un pas nonchalant, les mains dans les poches. Il portait un chapeau de feutre noir, une chemise rouge et noire aux motifs de petites têtes de taureaux, et un pantalon qui semblait un peu trop grand à cette silhouette filiforme. Le Carroulet dut se baisser pour passer la porte de la cave située sous le corps du bâtiment.

  Il eut de la difficulté à distinguer le fermier déjà installé sur le trépied devant une barrique, une tenaille dans une main, le pichet dans l'autre. Il se pencha et tira la pinette. Le vin s'écoula.

   " Du vin comme celui-là, tu n'as pas dû en boire souvent!"

   De fait, le Romanichel n'était jamais invité dans les caves. Fallait-il que la curiosité l'emporte pour qu'Octave en offre à l'étranger, de ce vin dont il était si avare, et que les préjugés, pour une fois passent à la trappe. Il l'interrogea sans discrétion, comme on fait dans les campagnes. Les questions sont directes et le tutoiement d'évidence. Le Gitan ne montra pas de réticence. Octave sondait, scrutait la sincérité dans les yeux d'Antonio, puisque c'était son nom : des yeux d'un bleu paradoxal, translucide. Son regard semblait froid mais sincère.

   Antonio fabriquait des paniers à la demande pourvu qu'on lui fournisse l'osier ou rempaillait les chaises. Sa mère et sa soeur Cécilia, le cheval le singe et le chien Bichon constituaient les maigres restes du cirque Tiny, autrefois propriétaire de son chapiteau. Il leur arrivait encore, parfois de donner de petites exhibitions sur la place de villages plus importants. Il comptait juste, ici, faire une étape et repartir dans quelques jours s'il ne trouvait pas d'ouvrage.

   Octave remplit à nouveau son verre, le regarda comme on lit dans le marc de café, puis l'avala d'un trait. Il saisit la tenaille, pinça la pinette et tira à même la barrique un plein verre de blanc éthéré qu'il tendit à Antonio en concluant :

  •    "Tonio, mon gars, faut pas que tu restes là !"

   Ce stationnement de la roulotte et de son équipage face au portail de l'édifice religieux passerait pour une provocation. La sortie de la messe en serait perturbée et les paroissiens incommodés. Octave possédait un pré à côté de la ferme, derrière le jardin de la cure, à l'abri des regards, qui ferait parfaitement l'affaire. Antonio n'aurait rien à payer, on s'arrangerait. Si l'argent reste pudiquement au fond des armoires, un service en vaut un autre, et justement, Octave avait besoin de paniers. Tope là ! Octave comptait qu'il avait bien arrangé son affaire. De plus, il se vantait de son hospitalité, lui dont la pingrerie n'était pas que  légende. Sa nouvelle générosité le poussait même à faire de la réclame à Tonio qui chaque jour avait de nouvelles commandes de paniers ou de rempaillage. Le séjour de Tonio se prolongeait de jour en jour.

   Au café, aux champs, ce n'était qu'éloges de son locataire. Tonio par-ci, Tonio par-là, comble de louanges.

  •  "L'est pas pressé d'partir ton Tonio..."
  • " C'est pas mon Tonio et i rest'ra tant qu'i voudra!"
  • " T'as pas peur à tes poules...!?"
  • " Mes poules, elles sont rangées, elles craignent rien!"
  • " T'as rangé tes poules et Tonio t'arrange Marie!"

   Octave piqua sa fourche dans la terre sèche comme un paillasson, retira son chapeau et essuya son front dégoulinant d'un revers de manche poussiéreuse.

   Marie, Marie... Un sourire éclaira un instant son visage cramoisi. Une belle fille, Marie, dure à la tâche et pourtant coquette et instruite. Après le certificat, elle était allée à l'école des soeurs à Fontenay-le-Comte mais n'en tirait pas d'orgueil. Ca l'intimidait, Octave, mais c'est peut-être ce qui l'avait conquise. Il se souvint de cette journée de printemps, à l'Ascension, au pré du Moulin. Les filles aguichaient les gars. Marie lisait, allongée dans l'herbe, et lui, en béatitude, satisfait d'être là, assis à côté d'elle, arrachait consciencieusement des brins d'herbe. Et puis qui a dit :

  •    " Alors les amoureux, on y va ?"

   Elle l'avait regardé avec un sourire d'ange, il était devenu écarlate. Ils se levèrent ensemble et suivirent les autres, côte à côte. C'est alors qu'elle avait pris sa main et qu'elle l'avait glissée avec la sienne dans la poche de sa robe, à côté du livre, un livre de Colette. Il était resté muet d'émotion jusqu'au village, ignorant les autres qui se poussaient du coude en riant. Trois mois après, ils se mariaient.

   Tonio t'arrange Marie... La médisance était cruelle. Le balancier du doute était lancé, le mécanisme de la jalousie enclenché.  Une image cruelle lui transperça le coeur : Marie riant, d'un rire vulgaire, tandis qu'Antonio la serrait contre la bonnetière. Ce n'était plus Tonio mais un infâme "carroulet", voleur, violeur, pilleur et assassin. Ce n'était plus Marie, la tendre et douce Marie, mais une triste marotte, une sournoise catin.

   Il saisit l'aiguillon appuyé à la charrette pleine à craquer de bottes dorées et piqua les boeufs pour revenir à la ferme. Les boeufs n'avançaient pas vite et son coeur s'impatientait. La scène revenait sans cesse à son esprit comme une comédie haïssable qu'il se maudissait d'imaginer. Son chapeau lui serrait la tête.

   Il abandonna l'attelage au milieu de la cour et les boeufs, d'eux-mêmes, allèrent boire.

   Il se précipita dans la cuisine sombre et fraîche, désemparé par le vide et le silence de la pièce qu'il ne ressentait pas comme un démenti. Il prit conscience du rythme imperturbable de la pendule. Une nouvelle vague de panique et de terreur l'envahit accompagnée d'insoutenables images. Il se rua sur la porte de la chambre, de leur chambre, l'ouvrit. Il découvrit la même tranquillité.

   Il se faisait mal et semblait ne pouvoir être rassuré que par la confirmation de l'image qui hantait son esprit. Tout lui mentait, même le chat endormi devant la cheminée. Il le chassa d'un coup de sabot vengeur qui ne le soulagea point. Il quitta la maison à toute allure, tel un canard auquel on vient de couper la tête.

  La chaleur et la lumière du dehors l'assaillirent. Il sentit son coeur s'emballer et prendre toute la place dans sa poitrine, ses tempes prêtes à éclater, son cou se serrer. Il vit, dans une sorte de vertige tournoyant, le sourire angélique de Marie, couchée sur l'herbe  et s'effondra sur les marches.

   Marie le découvrit là, en revenant du jardin, le linge sur le bras, un livre dans la poche de son tablier. Octave était mort d'un coup de sang.

IV Le Bedeau

   C'était Alexandre, le bedeau, qui convoquait aux enterrements contre la modeste somme de cinq mille francs pour l'information de tous les villages, de seulement deux mille francs pour le bourg. Grand colporteur de nouvelles, il publiait les naissances et invitait aux mariages. Roi du négoce, il louait une trentaine de chaises bien cirées, paille impeccable, à ceux qui n'avaient pas de banc attitré à l'église. Contremaître des enfants de choeur, il faisait la quête à l'aide de deux corbeilles, une paroissiale, une personnelle. Sa couronne de cheveux blancs, lauriers de la sagesse, offrait un nid d'argent à la sainte paresse. Emule de Figaro, le sacristain faisait la barbe et  coupait les cheveux - coupe dite au bol qui donnait aux drôles du village l'air de moinillons - soit à domicile,  soit dans son échoppe car il vendait aussi peignes, chapeaux et parfums. Avec l'assurance du mage, il prenait la tension du village, pour arrondir son pécule, en comptant les oscillations de sa montre devenue pendule. Il accordait  aux patients une note comprise entre dix et vingt, plus près de vingt lorsqu'il y avait de l'anxiété, plus près de dix quand il y avait de l'abattement. Note que confirmait le médecin mais qu'il renforçait scientifiquement d'un chiffre plus petit pour justifier le prix de la consultation.

   Il rythmait non seulement les battements des coeurs, mais aussi l'appétit de toute la population car on  ne mangeait jamais avant qu'ait sonné midi, "une heure officielle". Il commandait ainsi le départ aux champs et le retour à la maison. Maître du temps, il sonnait la messe et l'angélus avec une régularité à faire pâlir de jalousie un horloger suisse. Aujourd'hui, on dirait multicartes.

  Le plus du sonneur, c'était son solex, sa rossinante, son Sancho Pança, son alter ego dont il se plaisait à dire :

  • " le solex c'est la plus belle conquête de l'homme ! "

  Et d'argumenter en faisant claquer son dentier :

  • " Je le laisse là, accoté au mur du café, le temps de vider une fillette ou deux, le temps d'une partie d'Aluette. Je le retrouve à la même place, il m'attend, plus fidèle que la plus fidèle des épouses. Et sobre avec ça! Deux litres par semaine, on ne peut pas en dire autant de tout le monde. Et si d'aventure, Dieu me pardonne, c'est moi qui ai trop bu, il se couche de lui-même au fossé pour me laisser le temps de récupérer."

   Cet attachement contre-nature à une machine venait du fait qu'il lui devait la vie. Sa tournée pour annoncer la sépulture du bouilleur de cru fut particulièrement longue et éprouvante, une tournée à cinq mille. Le défunt Moïse, goutte à goutte, avait acquis une notoriété qui dépassait  les limites de la commune. Dans chaque maison, depuis le matin, il avait fallu goûter l'eau-de-vie dont la raideur dépendait de la qualité du marc, de la sécheresse ou de l'humidité de l'année, pour honorer la mémoire du mort. En fin de journée, Alexandre n'était plus "tout seul"; mais il avait une conscience professionnelle que les vapeurs d'alcool élevaient au rang de la mission divine. Il ne lui restait  plus qu'une maison à faire, de l'autre côté du Lay. Il faisait déjà brun, lorsque pour finir, il prit la route du Moulin aux draps; pour prendre la route, il prenait toute la route, la gauche, la droite et le milieu.

A cette époque, le pont de Trizay était en travaux car il perdait ses pierres plus vite qu'Alexandre n'avait perdu ses dents. Il s'était signé en passant devant la statue de la Vierge Marie. Il arrivait en faisant des arabesques, et là, plus de pont! Plus qu'une grande plaie ouverte sur la rivière, une blessure que les Ponts et Chaussées avaient recousue, en attendant le pont neuf, avec une poutrelle métallique pas plus large que la venelle de la cure. Alexandre la voyait onduler comme une couleuvre à la surface de l'eau, le solex suivait son balancement. Il ferma les yeux, remettant son sort au cyclomoteur et priant Dieu. Cinq mètres au-dessus du Lay, sur la poutre pas plus large qu'un pain de quatre et longue comme un jour sans pain, la monture prenant une trajectoire rectiligne, Alexandre, droit comme un i, une allure de Don Quichotte, ils traversèrent le fleuve sans encombre. L'autre rive sitôt atteinte, l'équipage se remit à zigzaguer. Ce soir là, Alexandre ne rentra pas au bourg, mais le lendemain, voyant par où il était passé, il eut la plus belle peur rétrospective de sa vie.

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